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Eau Rouge - Red Water (2019)

Marc Krüger, ses tracés d’eau

“L’Eau Rouge“ est un filet d’eau fragile caché par les mousses et les herbes dans une région sauvage et protégée de Belgique. Ne pas s’étonner : un photographe est d’abord un être de haut regard, et Marc Krüger, marcheur à mystères, s’aventure dans l’ailleurs des surfaces, les yeux rivés sur l’horizon du sol. Il expérimente ce que ses pieds découvrent. Explorateur des confins du voir, ses œuvres rares et précieuses, un rien magiques et sacrales, naissent ainsi d’un ruisseau inconnu, inoublié et sublime.

L’infime et la vastitude cernent ses territoires d’art, et les tressaillements du dedans, comme des voies lactées, animent le cœur de ses chemins d’intimité. Traqueur des secrets de la matière animée, et sans doute fou de nature, Marc Krüger vagabonde dans les désordres du sens. Il ose envoûter le féminin obscur de l’eau, ses dimensions cachées, et les mouvantes extases de l’immensité. Il rend proches les lointains, tandis que des filaments de vie, saisis au vif de leurs déploiements, disent les subtiles énergies de leurs profondeurs noyées. D’éphémères tracés inventent ainsi cette saisissante cartographie de l’invisible. Fragments d’univers sans fin déployés.

Dans le lit infini de l’horizontalité, Marc Krüger conjugue les éléments épars de l’infiniment grand et de l’infiniment petit. Microcosme et macrocosme s’interpénètrent. Poussières d’être et microscopiques réseaux sensibles, animés d’extrême vitalité, disent les somptueuses énergies du dedans-dehors. Subtiles calligraphies d’univers, aiguës et vibratiles, et fines comme des cheveux de rêves.

Ici et là des couleurs étouffées, somptueuses et voilées, en vagues amoureuses, étreignent l’étendue.

 

Marc Krüger, tracing with water

“Red Water” is a fragile thread of water nestled in mosses and grasses in a wild, sheltered corner of Belgium. No surprise: a photographer is above all a piercing eye from on high, and Marc Krüger, a wayfarer in search of mystery, ventures into the elsewhereness of surfaces, his eyes constantly scanning the horizon of the ground. He experiences what his feet encounter. Exploring the extreme limits of sight, his rare, previous works, touched by sacred magic, are born of a mysterious, unforgotten, sublime stream.

The territories of his art are ringed by the infinitesimally small and the unimaginably vast; an inner quiver, profound as milky galaxies, breathes life and heart into his intimate paths. Seeking out the secrets of living matter, deeply enamoured of nature, Marc Krüger is a vagabond in the chaos of meaning. He dares bewitch the dark femininity of water, its hidden dimensions, and the shifting ecstasies of immensity. He brings the distant close, while filaments of life, captured in the quick of their movement, disclose the subtle energies of their flooded depths. Fleeting traces invent a dazzling map of the invisible. Boundless fragments of the universe unfurl.

On the infinite bedrock of horizontality, Marc Krüger interweaves the sparse elements of the infinitely gigantic and the infinitely tiny. Microcosm overlays macrocosm. Dust of being and microscopic networks of sensation galvanised by extreme vitality give voice to the sumptuous energies of the inner and outer realms. Marc Krüger's outstanding art scribes profoundly subtle, sharp, vibratile calligraphies of the universe, as finespun as strands of hair in a dream.

Here and there, amorous waves of muted, sumptuous, veiled colour embrace the expanse.

Christian Noorbergen - Translated by Susan Pickford